André Lurçat, habiter la modernité en sourdine
- Flying Butterfly

- 26 févr.
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Architecte majeur mais discret de l’entre-deux-guerres, André Lurçat incarne une modernité intime et profondément habitée. De la villa Seurat à la villa Guggenbuhl, dans le XIVᵉ arrondissement à Paris, retour sur une architecture des années 1920-1930 vécue au quotidien, entre regard personnel et mémoire urbaine.
La villa Seurat, une modernité qui se découvre à pas lents
Je reviens souvent villa Seurat, presque comme on revient vers un lieu familier. Rien d’ostentatoire ici, rien qui cherche à s’imposer. Les maisons semblent s’être posées là avec une infinie délicatesse, attentives à la lumière, au silence, à la vie quotidienne.
C’est dans cet îlot discret du XIVᵉ arrondissement que André Lurçat construisit plusieurs maisons dans les années vingt, dont celle de son frère, le tapissier Jean Lurçat.Cette modernité ne se donne pas d’emblée. Elle se découvre lentement, à travers les proportions, la qualité des ouvertures, la façon dont la lumière circule sans jamais être spectaculaire.
André Lurçat, un architecte moderne sans tapage
Né en 1894, formé à Nancy, André Lurçat appartient à cette génération d’architectes qui ont pensé la modernité comme une responsabilité.
Architecte, urbaniste et théoricien, il place la fonction, la clarté et la dignité de l’habitat au centre de son travail. Ses bâtiments ne revendiquent pas une signature visible : ils privilégient l’usage, la durée, l’équilibre.
Il y a chez lui une exigence presque morale, une volonté de construire pour être vécu avant d’être regardé.
La maison-atelier Jean Lurçat, une modernité intime
Construite en 1924, la maison-atelier de Jean Lurçat illustre parfaitement cette approche. Les volumes sont simples, les lignes nettes, la lumière omniprésente. L’architecture accompagne le geste créatif sans jamais l’écraser.
On imagine les heures passées à travailler, à observer le jour décliner, à laisser le lieu devenir un allié. L’ouverture récente de cette maison-atelier permet aujourd’hui de redécouvrir une modernité domestique, presque silencieuse, loin des manifestes théoriques.
La villa Guggenbuhl, vivre dans une œuvre d’architecture
Il m’est impossible d’évoquer André Lurçat sans parler de la Villa Guggenbuhl, où j’ai vécu trente-deux ans, de 1984 à 2016, face au parc Montsouris. Construite en 1925, cette villa moderne se révèle dans la durée.
Les circulations, les ouvertures, les volumes deviennent familiers, presque corporels. Longtemps peinte en blanc, elle a aujourd’hui retrouvé sa teinte rose d’origine, douce et subtile, qui lui rend toute sa cohérence. Habiter là, c’était faire l’expérience quotidienne d’une architecture qui influe sur la manière d’habiter le temps, et parfois même l’humeur.
Mallet-Stevens, une filiation évidente
Dans cette cartographie intime de la modernité parisienne, Robert Mallet-Stevens s’impose naturellement. André Lurçat partage avec lui cette rigueur formelle et cette conception globale de l’architecture, pensée à l’échelle de la rue et de la ville.
© Illustrations de Jean-Baptiste Lyonnet
La Rue Mallet-Stevens à Paris XVIᵉ demeure l’un des plus beaux manifestes de cette modernité maîtrisée, élégante et profondément urbaine.
Habiter la ville, autrement
À défaut d’avoir exercé le métier d’architecte — études longues auxquelles je n’ai pas eu ou accès, nulle en maths et en dessin — je me suis tournée vers l’urbanisme.
Un détour fécond, qui m’a permis de travailler sur la ville, mon véritable sujet, aujourd’hui à Montrouge, où je vis depuis bientôt dix ans. Ces architectures modernes, je continue de les parcourir comme on relit un livre aimé, convaincue qu’elles recèlent encore mille leçons silencieuses.
La villa Seurat, une modernité insérée dans le tissu urbain
Implantée dans une voie étroite du XIVᵉ arrondissement, la villa Seurat constitue un exemple singulier de modernité insérée, pensée à l’échelle de la parcelle et du quartier. André Lurçat y conçoit la maison-atelier de Jean Lurçat selon une logique d’adaptation au site : volumes contenus, façades alignées sur la voie, articulation mesurée entre espace public et espace privé.
La coexistence, au sein du même ensemble, de la Maison-atelier Chana Orloff permet de lire la villa Seurat comme un dispositif urbain cohérent, où se répètent des principes communs : densité maîtrisée, priorité donnée à la lumière, intégration discrète de l’activité artistique dans la ville. Plutôt qu’une rupture avec le tissu existant, la villa Seurat propose une modernité de continuité, attentive aux usages, aux circulations et à l’échelle humaine, annonçant une autre manière de fabriquer la ville moderne.











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