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Le Proche et Moyen-Orient à l'ombre de la Covid-19

Mis à jour : 29 mai 2020

"Le virus perturbe. Le confinement aggrave les crises : dégringolade sociale au Liban… Fragilisation du régime iranien, déblocage politique en Israël, mais inquiétude quant à la solidité de l’alliance établie par le Premier ministre.

Situation précaire en Irak et en Syrie où la confusion et le désengagement occidental permettent à l’organisation État islamique de reconstituer ses forces. L’Arabie saoudite qui cherche une porte de sortie au Yemen est en délicatesse avec Washington pour avoir fragilisé l’industrie américaine du pétrole. En Afrique du Nord, retour à l’ordre de fer en Algérie et situation toujours instable et incertaine en Libye," analysent Agnès Levallois et Pierre Razoux, RFI du 10 mai 2020.


On craignait donc le pire, partout, au Liban, dans les camps de réfugiés syriens, la Palestine et surtout l'Iran, qui a eu un temps le plus fort foyer d'infection et une peur... bleue que ça n'enflamme la région. L'Arabie Saoudite a interdit le pèlerinage à la Mecque. Bien avant l'Europe, le Liban par exemple a pris des mesures en fermant les écoles et les services publics. Le manque criant d'infrastructures a donné des ailes de bon sens au gouvernement qui y voyait également une possibilité malsaine de faire taire la révolution pacifique, la "thawra" née le 17 octobre 2019 pour faire démissionner l'exécutif et demander le remboursement des sommes volés par les élus corrompus. "Tous, c'est-dire tous" était le mot d'ordre. Qu'il est loin ce moment où la population, toutes religions confondues, manifestaient main dans la main, atmosphère bon enfant mais visages graves face à l'appauvrissement croissant de la population.


Difficile encore expliquer pour quoi l'explosion de la pandémie n'a pas eu lieu au Moyen-Orient ainsi qu'on le voit dans cet article du Monde du 9 mai 2020. Plusieurs facteurs, comme la jeunesse des populations et l’expérience des épidémies, pourraient expliquer le faible taux de contamination.


A la sortie du déconfinement qui commence lentement, certaines populations et pays sont exsangues, genoux à terre d'un point de vue économique. Confinement et déconfinement, les cartes seraient-elles rebattues comme s'interroge le Figaro du 9 mai 2020. Les deux parrains de la région, l'Arabie saoudite et l'Iran, voient le coronavirus mettre en danger leur santé économique, et entraver par conséquent leurs ambitions régionales. "C'est la région la plus riche en hydrocarbure au monde, et le théâtre d'une guerre d'influence ancestrale entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Le Moyen-Orient, frappé par l'épidémie de Covid-19, subit autant le choc sanitaire que le contrecoup économique lié à la baisse brutale des cours du pétrole. Déstabilisés sur leur scène intérieure, Ryad et Téhéran pourraient bien revoir à la baisse leurs ambitions régionales." Est-il besoin de préciser que cela se fera sans doute au détriment des mêmes pays ou populations de la région déjà bien malmenés ? Ce qui revient à dire, que les pauvres seront encore plus pauvres, soit globalement, pas vraiment de changement important.


© Gohar Dashti • Today’s life and war


"Pour l’instant, rien ne laisse penser que le Covid-19 va profondément remettre en cause les situations acquises. A cela on peut ajouter deux remarques générales : la gravité de la crise, touchant les acteurs régionaux mais aussi les grandes puissances extérieures, devrait se traduire par une baisse générale de la 'conflictualité' et donc une baisse des violences ; inversement, les mêmes conditions peuvent déclencher des prises de risques de la part d’acteurs opportunistes (groupes miliciens par exemple) ou de tel ou tel acteur voulant sortir de ce qu’ils percevraient comme une impasse stratégique (Iran ?)," comme l'expliquent Michel Duclos et Hkim al-Karoui dans une analyse de l'Institut Montaigne.


De fait, la menace d'un séisme économique reste très présente, comme ont pu l'observer bon nombre d'associations humanitaires — comme le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui multiplient les appels à l'aide. En ligne de mire, "un après-crise qui risque d’être dévastateur", prévient Fabrizio Carboni, directeur régional pour le Proche et le Moyen-Orient au CICR.


Vue de Tripoli, au nord du Liban, bombe à retardement d'une explosion régionale avec plus de 60 % de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté.



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