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Lutter contre les séparatismes : l'islamisme/salafisme en France

Mis à jour : 6 nov. 2020

Le plan de lutte contre l'islamisme en France pour éviter le "séparatisme" annoncé par Emmanuel Macron ce vendredi 2 octobre 2020 m'a replongé quelques décennies en arrière avec son cortège de souvenirs marquants pour moi : les débuts en 1975 de la guerre civile au Liban et la prise de pouvoir de l'Imam Khomeyni en Iran en février 1979.


Etudiante en sociologie dans les années 1980, j'avais alors décidé de me consacrer à la recherche sur les mouvements islamises. J'ai choisi comme sujet de mémoire "Les Frères musulmans en Egypte" et tout le monde m'avait prédit alors un échec certain de mes travaux tant la littérature était encore rare. On écoutait même les prêches qui ciculaient sous le manteau pour tenter d'y voir clair.


Mais l'assassinat d'Anouar al Sadate le 6 octobre 1981, l'année de ma maîtrise, allait alors me faire croiser la route d'islamologues réputés d'Edouard Saïd à Maxime Rodinson, en passant par l'ineffable Bruno Etienne (paix à son âme mon ami et mentor), Olivier Carré ou Dominique Chevallier. S'y sont alors consacrés la jeune génération avec Michel Seurat (enlevé au Liban en 1985 et mort en détention en 1986) pour la Syrie, Olivier Roy pour l'Iran puis l'Afghanistan, Gilles Kepel pour l'Egypte puis les banlieues de l'Islam en France, Henry Laurens historien du monde arabe, pour ne citer qu'eux démontrent à l'évidence un phénomène de radicalisation croissante et régulière d'une religion qui se veut avant tout, comme toutes les religions monothéistes, un exercice de foi individuel et un projet de société idéale.



Même si elle date un peu, et parce que je n'ai pas envie de rentrer dans les querelles d'intellectuels talentueux sur la définition de l'islamisme radical, j'aime encore celle de Bruno Étienne au début des années 2000 : l'acception actuelle du mot, qu'il est également possible d'appeler« islamisme radical », peut se résumer comme l'« utilisation politique de thèmes musulmans mobilisés en réaction à

l'« occidentalisation » considérée comme agressive à l’égard de l’identité arabo-musulmane », cette réaction étant« perçue comme une protestation anti-moderne » par celles et ceux qui ne suivent pas cette idéologie.


« L’islamisme comme idéologie et comme force politique », in Cités,no 14, éd. P.U.F., 2003) cité par l'article Wikipedia, l'Islam en France.


Certes, la modernisation et la mondialisation à outrance ont montré leurs limites, leurs qualités et leurs défauts. Pour autant, peut-on dire que l'Iran est une République islamique démocratique dont les citoyens sont heureux ? Peut-on considérer que le balayage bienvenu et inespéré de certains dictateurs arabes par les printemps arabes ont donné lieu à des démocraties musulmanes modèles ? Que dire de l'Arabie Saoudite et des Etats du Golfe et maintenant de la Turquie ?



Sans retracer toute l'histoire des islamistes depuis 50 ans, bon nombre de responsables politiques se sont heurtés et se heurtent toujours à la définition et l'élaboration d'une politique juste et non stigmatisante à l'égard des musulmans pour lutter contre ce que l'on appelle encore l'islamisme radical ou le salafisme. Si la compréhension de la radicalisation islamiste a beaucoup progressé, l'observation devient de plus en plus fine.

A titre de simple exemple, voir le dernier ouvrage de Bernard Rougier paru début 2020. Comme l'écrit si bien Daniel Fortin dans Les Echos du 10 janvier 2020, "C'est un livre choc écrit par les étudiants du Centre d'études arabes et orientales de la Sorbonne Nouvelle et de la chaire Moyen-Orient Méditerranée de l'ENS, sous la direction de l'un des meilleurs spécialistes de l'islamisme en France, Bernard Rougier. Cette enquête sur les territoires devenus des enclaves aux mains de réseaux radicaux, le plus souvent salafistes - une de plus dira-t-on - est tout bonnement glaçante. Aubervilliers, Toulouse, Argenteuil, Champigny, Mantes-la-Jolie : les auteurs montrent comment « des entrepreneurs religieux » ont profité de la dégradation socio-économique des quartiers pour en prendre le contrôle et y imposer leur loi, en rupture avec les valeurs de la République."


Les horribles et tragiques attentats en France ou ailleurs dans le monde et les guerres interminables au nom de l'Islam démontrent à l'évidence comme le rappelle Emmanuel Macron hier qu'il "y a donc une crise de l’islam, partout, qui est gangrené par ces formes radicales, par ces tentations radicales et par une aspiration à un djihad réinventé, qui est la destruction de l’autre." Le plan proposé est certes perfectible, peut heurter les musulmans croyants, intégrés ou pacifistes mais ne résout pas les problèmes de ghettoïsation, d'immigrés dans des situations effroyables ou de pauvreté de certaines populations en situation précaire mais il a le mérite d'appeler un chat un chat. En voici les principaux extraits ici ou in extenso dans la vidéo ci-dessous ou encore en texte intégral là.


Ce discours a déchaîné les passions parfois même un profond mépris voir de la haine. Qu'il suscite des critiques est bien normal. Mais il n'en demeure pas moins pionnier dans les questions d'éducation des enfants dès l'âge de 3 ans à l'école, de financement du culte musulman ou de la formation des Imams. Encore faut-il y arriver sans stigmatiser une population de musulmans intégrée, croyante et républicaine. Un texte ou un discours à écouter donc, à méditer et à débattre pour tenter de toujours refuser l'inacceptable : la destruction de l'autre au nom d'Allah !




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