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Think global and act local : un nouveau modèle pour la culture, l'art, le cinéma... ?

Mis à jour : 7 nov. 2020

Malgré le déconfinement annoncé pour le 11 mai 2020, les lieux culturels resteront fermés jusqu'à nouvel ordre. Bon nombre d'entre eux disent que plus rien ne sera comme avant. Un article très intéressant de Michel Guerin dans le Monde du 30 avril 2020 rappelle que c'était ce qui avait été dit après la crise de 2008 et qu'après, tout fut comme avant. Il raconte toutefois : "Un climat domine. Il faut ralentir le rythme. Il y aurait trop d’expositions, de spectacles, de films, de livres. Les chifres montrent du reste que l’offre culturelle a bien plus enflé que le public en trente ans. La surchauffe est là. Alors avec le virus…" "Dans le collimateur encore, les artistes mondialisés, qui veulent toujours plus beau et plus cher. « Les artistes, on les entend peu en ce moment, ils pourraient revenir à une économie plus modeste », dit Cyrille Bonin, qui pilote la salle rock Le Transbordeur, à Villeurbanne."

La danseuse et chorégraphe syrienne Yara al-Hasbani devant le musée du Louvre, à

Paris, le 22 avril. SAMEER AL-DOUMY / AFP


"Faire moins tourner les spectacles dans le monde entier ? Des lieux et compagnies en vivent. Moins de foires d’art ? Les galeries y font 30 % de leur chi"re d’a"aires. Moins de stars mondialisées ? Ce sont elles qui font vivre les gros lieux tant le public est aimanté par les têtes d’affiche. Il y a chaque année une cinquantaine d’expositions Picasso dans le monde, une centaine où ses oeuvres sont présentes.

Les « petits musées », dont on attend du reste la dé!nition, pourront rouvrir après le 11 mai, parce qu’ils sont vides ou attirent un public clairsemé. On oublie encore que les oeuvres qui attirent les foules, dans le cinéma ou la musique, dégagent de l’argent réinjecté ensuite dans une création moins connue ou moins rentable.

Ces contraintes n’empêchent pas les responsables culturels d’interroger leur modèle. Certains veulent recentrer l’offre sur ce qui existe en France. Moins miser sur le tourisme aussi. Trouvons un nouvel équilibre, dit Laurent Bayle, le président de la Philharmonie à Paris : « Ça fait vingt ans que la culture vit au rythme de la mondialisation. Dans la musique, le repli sur soi n’a aucun sens. Oui aux circuits courts pour la flière alimentaire, pas pour la musique, ou alors nous aurons une énorme perte de qualité. En revanche, donner du sens à cette mondialisation, l’humaniser, élargir le spectre des musiciens invités, oui. »"


Le "Think global and act local" pourrait-il devenir notre nouvelle devise ? Durant le confinement, le numérique a prouvé sa toute puissance : musées, concerts, opéras, films... des heures passées devant nos écrans nous ont accompagnées tout au long de nos journées confinées. Le fait de devoir vivre, à la fin du confinement, avec le virus en attendant le vaccin ou le bon traitement, la fermeture des frontières, tout incite à un repli sur soi hygiéniste discutable certes, mais nécessaire dans un premier temps ?

Les galeries parisiennes préparent l’après-11 mai et envisagent de nouveaux modèles

Vente en ligne, fin des vernissages, recul des foires… La pandémie pourrait imposer un nouveau modèle comme le raconte Philippe Dagen dans le Monde du 27 avril 2020


Penser le monde d'après, dans le cinéma est aussi important. Vincent Maraval, producteur et diffuseur indépendant l'appelle de ses voeux, mais, curieusement, pas contre les plates-formes. "La bataille de la diffusion a été perdue par un acharnement

stupide et anachronique à protéger le modèle de Canal+ et des grands groupes exploitants. Il faut que l’Etat, qui a aujourd’hui la main, passe d’une politique d’arbitrage en fonction de la puissance des lobbys à une politique qui acte la défaite des di!useurs face aux plates-formes américaines, et qui se donne comme objectif de gagner le combat de la création"

(...) "Il faut toujours se réjouir quand la cinéphilie progresse, mais il faut réagir. La salle doit réinvestir le cinéma, l’audace, l’innovation. C’est ce qui se passe dans les pays émergents, il n’y a pas de fatalité : ailleurs, la jeunesse aime les plates-formes et la salle. Notre problème, c’est que, en France, le mode de financement des films de cinéma repose sur la télévision, qui vise un public âgé. Les jeunes se sont donc réfugiés sur les plates-formes. La création doit se libérer du joug des diffuseurs."


Si tous les domaines de la culture, art, cinéma, musique s'accordent à dire qu'il faut repenser leur modèle, qu'est-ce qui garantit qu'ils iront au-delà de leurs divergences pour harmoniser leurs différences et imposer un modèle différent de l'avant-civid-19 ?Cotes des artistes, cachets des acteurs, chiffres d'affaires des salles de cinéma ou des galeries d'art et des foires... qui est prêt à renoncer à la mondialisation de la culture qui a mis des années à se construire et dont l'effet s'est démultiplié avec l'avènement du numérique ? La réflexion durera-t-elle le temps du vaccin ou du traitement et se poursuivra-t-elle au-delà pour inventer un nouveau modèle rentable mais qui ne soit pas basé sur la dette ? Vaste question qui a le mérite d'être posée actuellement et de susciter de nombreuses hypothèses toutes intéressantes à étudier, pour autant qu'elles n'exacerbent pas les inégalités...








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