Hoveyda — Prévenir, fuir, rester
- Flying Butterfly

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Dernière mise à jour : il y a 21 heures
Loyauté, aveuglement et violence d’État avant la révolution iranienne
Amir-Abbas Hoveyda fut une figure centrale de l’histoire politique iranienne avant la révolution de 1979. Son destin éclaire les mécanismes de pouvoir, de répression et de mémoire confisquée.
Quand la loyauté ne protège plus
Dans les régimes qui s’effondrent, certains comprennent avant les autres que la loyauté ne protège plus. Que l’État qu’ils ont servi ne tiendra pas. Que l’histoire ne laissera pas le temps d’expliquer. Amir-Abbas Hoveyda faisait partie de ceux-là.
Premier ministre de l’Iran pendant plus de douze ans, de 1965 à 1977, Hoveyda n’était ni un idéologue ni un homme de fer. Technocrate, francophone, issu d’une élite convaincue que la modernisation finirait par produire de la stabilité politique, il croyait à l’État, à l’administration, aux équilibres. Il appartenait à cette génération d’hommes persuadés que gouverner consistait à contenir les tensions, non à les résoudre par la force brute. Il a cru que la machine tiendrait. Il a cru, trop longtemps, que le compromis suffirait.
L’alerte tardive
À l’automne 1978, cette illusion se fissure. Hoveyda comprend que le régime est à bout de souffle, que la violence est imminente, et que les proches du pouvoir seront emportés sans distinction. C’est lui qui appelle mon père, en Iran depuis dix ans. Il sait que l’interdiction imminente des jeux va exposer directement les propriétaires de casinos, et que mon père, associé du casino d’Ab Ali, doit partir avant que tout ne bascule.
L’appel est bref, presque sec. Il faut partir immédiatement. En vingt-quatre heures, sans biens, sans rien, sans retour possible. Ce geste n’est pas anodin. Il dit une lucidité tardive, mais réelle. Hoveyda sait que ce qui vient ne sera pas une transition, mais une rupture brutale. Il sait aussi que la révolution ne fera pas le tri entre responsables politiques, administrateurs, proches ou associés. Dans ces moments-là, l’histoire ne nuance pas : elle tranche.
Mon père part, comme beaucoup d’autres. Hoveyda, lui, reste.

Rester : foi dans le droit ou aveuglement ?
Pourquoi reste-t-il ? Par loyauté envers un État qu’il a servi ? Par aveuglement ? Par croyance sincère dans le droit ? Il se rend aux nouvelles autorités, persuadé qu’il pourra répondre de ses actes dans un cadre judiciaire. Il croit encore que la révolution devra, tôt ou tard, se doter de règles. Il croit encore que la justice existe. Cette croyance lui coûtera la vie.
Ce que le destin de Hoveyda dit de l’Iran
Après 1979, Hoveyda est arrêté, détenu, jugé sommairement. Les accusations sont larges, idéologiques, interchangeables : serviteur du Shah, symbole de l’ancien régime, complice. Il n’est plus un homme, mais une figure. Et une figure, dans un régime naissant, doit disparaître. Il est exécuté en avril 1979, à la prison d’Evin, sans procès digne de ce nom, sans défense réelle, sans appel.
Hoveyda n’était pas un héros. Il n’était pas non plus un bourreau sanguinaire. Il était un homme du système, avec ses compromis, ses aveuglements et ses responsabilités. Il n’a pas ordonné la terreur, mais il a gouverné dans un régime qui la rendait possible. Il n’a pas construit la violence révolutionnaire, mais il a sous-estimé ce qu’elle serait.
Sa mort marque une bascule décisive. Avec l’exécution de Hoveyda, la révolution cesse d’être un soulèvement populaire confus. Elle devient un régime qui élimine rapidement ceux qui incarnent l’ancien État, non pour ce qu’ils ont fait individuellement, mais pour ce qu’ils représentent. Peu importe la complexité des parcours. Peu importe les doutes tardifs. Le symbole doit être effacé.
Le destin de Hoveyda dit l’effondrement d’une illusion : croire qu’on peut servir durablement un État autoritaire sans être, un jour, rattrapé par la violence qu’il produit.
Amir-Abbas Hoveyda
Repères essentiels
Premier ministre de l’Iran
de 1965 à 1977.
Figure centrale du régime monarchique sous Mohammad Reza Pahlavi.
Technocrate, proche des élites occidentales, partisan de la modernisation administrative.
Arrêté après la révolution islamique de 1979.
Jugé par un tribunal révolutionnaire sans garanties juridiques.
Exécuté à la prison d’Evin en avril 1979.

Avec Hoveyda, ce ne sont pas seulement des individus qui tombent. C’est une idée — fragile mais réelle — d’un État fondé sur autre chose que la pure force idéologique.
Pour comprendre comment l’Iran est arrivé là, il faut remonter plus loin encore, avant le Shah, avant la révolution de 1979. Vers un homme dont la chute continue de hanter l’histoire iranienne : Mohammad Mossadegh..
Cet article s’inscrit dans le dossier « Regarder l’Iran autrement ».








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