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Mossadegh — La démocratie iranienne renversée

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    Flying Butterfly
  • il y a 21 heures
  • 4 min de lecture

Le nationalisme comme espoir, la souveraineté comme menace


Mohammad Mossadegh fut Premier ministre de l’Iran de 1951 à 1953, figure centrale d’une tentative démocratique et souveraine brutalement interrompue par le coup d’État de 1953.


Mossadegh, une figure politique singulière de l'histoire iranienne

Mohammad Mossadegh occupe une place singulière dans l’histoire iranienne. Il est souvent invoqué comme une figure héroïque, parfois mythifiée, parfois instrumentalisée. Son nom revient dès que l’on cherche un moment où l’Iran aurait pu emprunter une autre voie. Une voie démocratique, nationale, souveraine. Mais cette image mérite d’être regardée de près, sans dévotion ni procès.


Lorsque Mossadegh arrive au pouvoir en 1951, il n’est pas un outsider. Il est issu de l’aristocratie qadjare, formé en Europe, juriste, parlementaire chevronné. Il connaît les rouages de l’État et du Parlement. Sa légitimité ne repose pas sur un coup de force, mais sur une majorité parlementaire et un soutien populaire réel, nourri par un sentiment largement partagé : la confiscation des richesses nationales par des intérêts étrangers.


La nationalisation du pétrole iranien : un acte de souveraineté

La nationalisation du pétrole iranien, décidée en 1951, ne relevait pas d’un geste radical ou idéologique. Elle répondait à une situation profondément asymétrique. Depuis des décennies, l’exploitation du pétrole était contrôlée par l’Anglo-Iranian Oil Company, une entreprise britannique qui captait l’essentiel des profits, tandis que l’Iran ne percevait qu’une part marginale de ses propres ressources.


Pour Mossadegh, il ne s’agissait pas de rompre avec l’Occident, mais de restaurer une souveraineté élémentaire : décider de l’usage des richesses nationales, au bénéfice de la population. Cette revendication, largement soutenue dans le pays, a été perçue à Londres — puis à Washington — non comme un acte démocratique, mais comme une menace stratégique.


C’était une revendication de souveraineté. L’Anglo-Iranian Oil Company incarne alors une domination économique héritée du colonialisme : l’entreprise britannique contrôle l’exploitation du pétrole et en capte l’essentiel des profits, laissant à l’Iran une part marginale de ses propres ressources. Mossadegh ne conteste pas seulement un contrat ; il remet en cause un ordre international fondé sur l’asymétrie et la dépendance.


Gouverner dans la crise : légalité, tensions et ambiguïtés

Mossadegh est démocrate dans son rapport au droit, au Parlement et à la souveraineté populaire. Il gouverne par des procédures légales, accepte le débat, s’inscrit dans le jeu institutionnel. Il n’est ni un révolutionnaire, ni un homme cherchant à concentrer le pouvoir pour lui-même. Mais il est aussi un dirigeant confronté à une crise extrême, économique et politique qui va progressivement l’amener à des choix ambigus.


Face au blocus britannique, à l’asphyxie économique et à l’instabilité croissante, Mossadegh demande des pouvoirs exceptionnels. Il gouverne par décrets, marginalise un Parlement devenu hostile, organise un référendum contesté pour dissoudre une assemblée paralysée. Ces décisions seront ensuite utilisées pour le présenter comme autoritaire.


Le coup d’État de 1953 : une démocratie renversée

Le coup d’État de 1953 n’est ni un soulèvement spontané ni un simple affrontement interne. Il est le résultat d’une opération secrète, planifiée et exécutée avec méthode. Les services britanniques, puis la CIA, montent une action conjointe — connue sous le nom d’opération Ajax — pour renverser Mossadegh. Leur objectif est clair : mettre fin à la nationalisation du pétrole et restaurer un pouvoir jugé plus docile.


Téhéran, août 1953 — jours du renversement du gouvernement Mossadegh.
Téhéran, août 1953 — jours du renversement du gouvernement Mossadegh.

La stratégie repose sur plusieurs leviers. Une campagne de désinformation alimente la presse iranienne, présentant Mossadegh comme instable, autoritaire, voire communiste. Des manifestations sont organisées artificiellement, financées pour donner l’illusion d’un rejet populaire. Des réseaux religieux sont mobilisés, des officiers achetés, des alliances locales activées. Le chaos n’est pas un effet secondaire : il est recherché.


Le Shah, d’abord hésitant, finit par signer un décret destituant Mossadegh. Celui-ci refuse de s’y soumettre, invoquant la légitimité parlementaire. Après un premier échec, l’opération est relancée. Le 19 août 1953, l’armée intervient. Mossadegh est arrêté. Son gouvernement s’effondre. La rue est reprise par la force.


Une rupture durable dans l’histoire iranienne

Mossadegh est jugé pour haute trahison. Il échappe à la peine de mort, mais est assigné à résidence jusqu’à sa mort. Le Shah revient au pouvoir, renforcé, soutenu politiquement et militairement par les États-Unis et le Royaume-Uni. La nationalisation est vidée de sa substance. L’ordre est rétabli — mais au prix d’une souveraineté confisquée.


La chute de Mossadegh n’est pas seulement la fin d’un homme politique. Elle marque une rupture durable entre l’État iranien et sa population. Elle installe l’idée que la voie démocratique est illusoire lorsqu’elle menace des intérêts trop puissants. Elle renforce un régime monarchique de plus en plus autoritaire et prépare, à long terme, les conditions de la révolution de 1979.


Mossadegh n’était pas un saint. Il n’était pas exempt de contradictions ni d’erreurs. Mais il portait une idée dangereuse : celle d’un État iranien démocratique, souverain et non aligné. Ce n’est pas son autoritarisme qui l’a perdu. C’est cette ambition.


Le destin de Mossadegh rappelle que la démocratie ne s’effondre pas toujours de l’intérieur. Parfois, elle est renversée de l’extérieur, avec la complicité de forces locales, lorsque son existence devient politiquement intolérable.


Mohammad Mossadegh

Repères essentiels

  • Premier ministre de l’Iran de 1951 à 1953.

  • Arrivé au pouvoir par une majorité parlementaire.

  • Nationalisation de l’industrie pétrolière iranienne en 1951.

  • Renversé par un coup d’État en août 1953 (opération Ajax).

  • Jugé pour haute trahison et assigné à résidence jusqu’à sa mort en 1967.



Le renversement de Mossadegh ouvre une longue séquence autoritaire. Soutenu par les puissances occidentales, le Shah consolide son pouvoir, gouverne par la peur et la surveillance, et creuse une fracture durable avec la société iranienne.


Cet article s’inscrit dans le dossier « Regarder l’Iran autrement ».

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