Le voile — Du dévoilement forcé à la répression
- Flying Butterfly

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Dernière mise à jour : il y a 17 heures
Quand la domination se déguise en choix
En Iran, le voile n’a jamais été un simple vêtement. Interdit puis imposé, il constitue un instrument politique central du contrôle des corps féminins et de la domination d’État.
Un instrument politique, jamais neutre
Le voile n’a jamais été un simple vêtement en Iran. Il n’a jamais été neutre. Il n’a jamais été un détail culturel. Il est un instrument politique, un marqueur de contrôle, un signe visible de la domination exercée sur les corps féminins. L’histoire iranienne le montre avec une clarté brutale : le voile n’a jamais été laissé au libre choix des femmes. Il apparaît là où le pouvoir cherche à se rendre visible sur elles.
Dévoiler par la force : la modernité autoritaire
Sous Reza Shah, dans les années 1930, le dévoilement est imposé par la force. Le voile est interdit, arraché parfois dans la rue, au nom d’une modernité autoritaire qui confond émancipation et mise au pas. Les femmes ne choisissent pas. Elles obéissent. Certaines cessent de sortir. D’autres se plient. L’État décide à leur place de ce que doit être une femme moderne.
Couvrir par la loi : la morale comme pouvoir
Après 1979, le mouvement s’inverse, mais la logique demeure. Le voile devient obligatoire. Là encore, il ne s’agit pas de religion vécue, mais de pouvoir exercé. Le corps féminin est réquisitionné pour incarner l’ordre moral du nouveau régime. La contrainte change de discours, pas de nature. Ce qui est imposé hier au nom de la modernité l’est aujourd’hui au nom de la morale. Dans les deux cas, les femmes ne décident pas.

Le faux discours du « choix »
Cette continuité est essentielle pour comprendre pourquoi le discours contemporain sur le voile, notamment en France, pose un problème politique profond. Lorsqu’on affirme que porter le voile relèverait d’un choix libre, d’une expression d’autonomie ou d’une liberté féminine, on efface délibérément ce que ce symbole charrie historiquement, socialement et politiquement.
Le voile n’est pas un signe neutre que l’on pourrait vider de son histoire par simple déclaration d’intention. Il est le produit d’un système patriarcal ancien, structuré, mondialisé, qui a toujours cherché à réguler, contenir et surveiller le corps des femmes. Le présenter comme un outil d’émancipation masque les rapports de domination qu’il continue de produire.
Dire « je choisis » ne suffit pas à faire disparaître les rapports de domination dans lesquels ce choix s’inscrit. Aucune liberté ne naît dans un cadre où la pression sociale, religieuse ou communautaire pèse presque exclusivement sur les femmes. Aucune liberté ne s’exerce lorsque l’injonction à se couvrir est portée par des siècles de contrôle du corps féminin, y compris dans des sociétés qui se disent libérales.
Le corps des femmes comme champ politique
Ce que l’Iran rappelle avec violence, c’est que la domination commence toujours par le corps des femmes, et qu’elle s’installe d’autant plus facilement qu’elle se pare du langage du bien, de la morale ou du respect. Les femmes iraniennes qui retirent leur voile aujourd’hui ne luttent pas pour imposer un modèle universel. Elles luttent contre une contrainte et pour ne plus être désignées comme supports symboliques d’un ordre politique.
Utiliser leur combat pour justifier, ailleurs, un discours qui romantise le voile comme expression de liberté est une trahison intellectuelle et politique. Ce n’est pas respecter les femmes que de sacraliser un symbole qui a servi — et sert encore — à les contraindre. Ce n’est pas défendre la liberté que de rebaptiser la domination.
La liberté ne consiste pas à réinterpréter les contraintes, mais à interroger les structures qui les produisent. Tant que le corps des femmes restera un terrain de contrainte idéologique, aucune société ne pourra sérieusement prétendre défendre leur émancipation.
Le voile en Iran : repères essentiels
Interdiction du voile imposée sous Reza Shah à partir de 1936, au nom d’une modernisation autoritaire de l’État.
Obligation du voile instaurée après la révolution islamique de 1979, progressivement renforcée par la loi et la police des mœurs.
Contrôle du respect du voile inscrit dans le droit pénal iranien, avec sanctions allant de l’amende à la prison.
Institutionnalisation de la surveillance du corps des femmes dans l’espace public comme outil central du pouvoir politique.
Depuis 2022, multiplication des actes de désobéissance féminine face à l’obligation du voile, suivis d’une répression accrue.

Lorsque le contrôle du corps des femmes devient une loi, la répression n’est jamais loin. En Iran, elle ne s’exerce pas seulement par le voile, mais par tout un appareil de surveillance, de peur et de punition qui structure aujourd’hui le pouvoir.
Cet article s’inscrit dans le dossier « Regarder l’Iran autrement ».








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