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Pause — Ce qui reste quand le bruit retombe

  • Photo du rédacteur: Flying Butterfly
    Flying Butterfly
  • il y a 6 heures
  • 2 min de lecture

Après la chute d’un régime, il reste rarement des vainqueurs. Il reste des trajectoires interrompues, des vies déplacées, des tentatives avortées. L’exil n’est pas toujours un second départ, c'est souvent une continuation abîmée.


Mon père a quitté l’Iran sans rien. Pas de biens, pas de capitaux, pas de filet. L’avertissement avait été clair, brutal : partir vite, sans se retourner. Ce qui avait été confisqué ne serait jamais restitué. Ce qui avait été perdu ne se reconstruirait pas facilement.


À l’aéroport de Mehrabad, à Téhéran, le 25 janvier 1979, des centaines de personnes tentent de quitter l’Iran quelques jours après le départ du Shah.
À l’aéroport de Mehrabad, à Téhéran, le 25 janvier 1979, des centaines de personnes tentent de quitter l’Iran quelques jours après le départ du Shah.

En France, il a essayé de recommencer. Naturellement, il s’est tourné vers ce qu’il connaissait : le monde des casinos. Mais ce milieu ne s’ouvre pas à ceux qui arrivent sans réseau, sans argent, sans garanties. Il fallait des capitaux qu’il n’avait plus, des relations auxquelles il n’avait pas accès. Les portes sont restées fermées. Les tentatives ont échoué. L’exil, parfois, ne mène nulle part.


Exil, perte et double peine

Pourtant, la France est restée une chance. Il l’a su très vite. Un pays de libertés, où il pouvait vivre auprès de sa femme et de ses enfants, sans peur immédiate, sans la Savak à ses trousses. Il mesurait chaque jour ce que cela voulait dire : pouvoir parler, lire, circuler, rester. Simplement rester. Sans surveillance constante. Sans menace diffuse.


Mais l’inquiétude ne disparaît pas avec la frontière. Il suivait l’actualité iranienne avec angoisse : les arrestations, les exécutions, la fermeture progressive de toute alternative politique. Cette inquiétude était redoublée par la situation au Liban, guère plus reluisante. Entre les années 1980 et 2000, le pays s’enfonce lui aussi dans la violence, les guerres, les impasses politiques. Nulle part le sentiment d’un sol stable. Nulle part l’idée d’un retour possible.


Cette double peine — Iran et Liban — formait un arrière-plan permanent. Deux pays aimés. Deux pays ravagés. Deux histoires qui se répondaient sans se confondre. Là-bas, la répression idéologique. Ici, la fragmentation, la guerre, l’effondrement. L’exil n’était pas un refuge confortable, mais une suspension. Une attente sans horizon clair.


Ce qui reste, quand le bruit retombe, ce ne sont pas les slogans. Ce sont les corps fatigués, les inquiétudes silencieuses, les vies qui continuent sans promesse. Ce sont des hommes qui ont perdu leur métier, leur statut, parfois leur place, mais qui s’accrochent à l’essentiel : vivre sans peur immédiate, protéger les leurs, tenir malgré tout.


Cette pause n’explique rien et ne justifie rien. Elle rappelle simplement que la violence politique ne s’arrête pas avec les régimes. Elle se prolonge dans les existences, dans les exils, dans les tentatives manquées. Et qu’avant de s’imposer par des lois, des voiles ou des prisons, elle commence toujours par déraciner.


Cet article s’inscrit dans le dossier « Regarder l’Iran autrement ».

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