1979 — La révolution confisquée par les mollahs
- Flying Butterfly
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De l’élan populaire à la théocratie
La révolution iranienne de 1979 naît d’un mouvement populaire hétérogène. Elle débouche pourtant sur l’instauration rapide d’un régime théocratique autoritaire. Cette confiscation du politique marque une rupture durable dans l’histoire de l’Iran.
Une révolution sans centre unique
La révolution iranienne de 1979 ne commence pas comme une révolution islamique. Elle naît d’un rejet massif du régime du Shah, nourri par des décennies d’autoritarisme, de répression politique, d’inégalités sociales et de dépendance extérieure.
Dans la rue, les slogans sont multiples. Les acteurs aussi. Étudiants, intellectuels, ouvriers, religieux, libéraux, marxistes, nationalistes : l’opposition est diverse, fragmentée, parfois contradictoire, mais unie par un objectif commun — la chute du pouvoir monarchique.
Cette pluralité est une force, mais aussi une fragilité. Elle produit un élan populaire sans véritable structure politique unifiée, sans leadership clairement partagé, sans projet institutionnel commun pour l’après.
Le retour de Ruhollah Khomeini et la prise de centralité du religieux
Dans ce vide politique, une figure s’impose progressivement. Son discours est simple, radical, accessible. Il promet justice, indépendance, fin de la corruption et respect des opprimés. Là où d’autres parlent de programmes, de compromis ou de transitions, il parle de rupture morale.
Son retour en Iran, en février 1979, cristallise l’espoir populaire. Mais très vite, le religieux cesse d’être un langage parmi d’autres pour devenir un instrument de pouvoir. Les réseaux cléricaux, déjà structurés, investissent les comités révolutionnaires, les tribunaux improvisés et les instances locales. La rue change de main.

Éliminer les alliés d’hier
La confiscation de la révolution ne se fait pas en un jour. Elle s’opère par étapes. D’abord au nom de l’urgence révolutionnaire. Puis au nom de la morale. Enfin au nom de la loi islamique.
Les forces laïques et démocratiques, qui ont participé à la chute du Shah, sont marginalisées, puis éliminées. Les opposants politiques sont arrêtés, jugés sommairement, exécutés ou contraints à l’exil. Les femmes, qui ont largement participé aux manifestations, sont rapidement renvoyées à l’ordre moral. La pluralité révolutionnaire est dissoute dans une logique de purification idéologique.
Ce qui est présenté comme une consolidation de la révolution est en réalité une prise de pouvoir.
De la révolution à la théocratie
La proclamation de la République islamique, en avril 1979, entérine ce basculement. Le nouveau régime ne repose pas sur la souveraineté populaire, mais sur le principe du velayat-e faqih, qui accorde le pouvoir suprême au clergé. La révolution cesse d’être un mouvement. Elle devient un État. Et cet État se fonde sur la surveillance, la peur et la punition.
Les institutions se mettent en place rapidement. Les libertés promises sont restreintes. La violence devient structurelle. La répression n’est plus un excès révolutionnaire : elle est intégrée au fonctionnement du régime.
Une idéologie politique imposée, pas une fatalité
La révolution de 1979 est souvent racontée comme une évidence islamiste, comme si l’instauration d’un régime théocratique avait été l’issue naturelle du soulèvement populaire. Cette lecture est trompeuse. Elle masque le fait que l’islamisme n’est pas un héritage culturel spontané, mais une idéologie politique qui s’impose par des choix, des rapports de force et une stratégie de prise de pouvoir.
En Iran, la théocratie n’est pas née d’un consensus populaire clair, mais de la confiscation progressive d’un mouvement hétérogène par des acteurs religieux organisés, qui ont éliminé, marginalisé ou réduit au silence les forces laïques, démocratiques et pluralistes issues de la révolution.
Présenter ce basculement comme une fatalité revient à dépolitiser l’islamisme et à effacer la responsabilité de ceux qui l’ont imposé comme mode de gouvernement.
Une mémoire confisquée
Ce qui a été volé en 1979, ce n’est pas seulement un pouvoir. C’est une pluralité politique. Une capacité à penser l’Iran autrement que par l’autorité morale ou la domination idéologique. La révolution n’a pas échoué par excès de liberté, mais par sa capture méthodique.

1979 — repères essentiels
Chute du Shah en janvier 1979 après des mois de mobilisation populaire
Retour de l’ayatollah Khomeini en février 1979
Proclamation de la République islamique en avril 1979
Mise en place d’un régime théocratique fondé sur le velayat-e faqih
Élimination progressive des forces politiques laïques et démocratiques
Institutionnalisation de la répression politique et morale
La confiscation de la révolution ne marque pas la fin de la violence politique. Elle en transforme la nature. À partir de 1979, la répression cesse d’être conjoncturelle pour devenir un mode de gouvernement. Elle s’exerce sur les corps, les voix et les mémoires.
Cet article s’inscrit dans le dossier « Regarder l’Iran autrement ».




